LA VERITE

 

                LA  VÉRITÉ 

 

 * " Comme ça ses mots du soupirail...
  - Sans cœur ! qu'il me traite...
    Il essaye tout !
  - Retourne en France !
  Il me lancine au mal du pays !... et pensez si j'en suis atteint !... si j'en ai un chagrin d'être loin !... de plus avoir la jacasserie, la vacherie, là, autour, des miens, banlieue, sacripants, chnoks, pelures, macs, donneuses... ah, chère Estrême !
  Le chagrin pire que le mal aux os, que le cul qui colle, les dents qui barrent, la viande qui fond, les yeux qui suintent, les trains en panne sous les tunnels qui sifflent et sifflent : le mal natal ! le pire que tout ! " (F1)

 

 

 * " C'est dégoûtant d'écrire sur soi-même, moi, moi, moi ; et se faire sympathique ce serait plus dégoûtant encore, il vaut mieux se présenter au public sous un jour ignoble. Il faut que le caractère soit plus vrai que lui-même. " (Interview avec Olga Obry, Le Phare-Dimanche, 1957).

 

 

 * " Les jouisseurs n'ont pas besoin d'écrire. Poser une semblable question à un écrivain ! On écrit parce qu'on est malheureux. Votre monde dévore tout le reste. Vous êtes seul. Et soutenu par le style. Les poètes n'ont pas de vie intérieure. Les écrivains sont en général des bafouilleurs. " (Réponse à l'enquête de Tel Quel : Pensez-vous avoir un don d'écrivain ?, 1960).

 

 

 * " Pourquoi j'écris ? Je vais vous le dire : pour rendre les autres illisibles... " (Interview avec Pierre Audinet, Les nouvelles littéraires, 1960).

 

 

 * " La vérité, là, tout simplement, la librairie souffre d'une très grave crise de mévente. Allez pas croire un seul zéro de tous ces prétendus tirages à 100 000 ! 40 000 !... et même 400 exemplaires !... attrape-gogos ! Alas !... Alas !... seule la " presse du cœur "... et encore !... se défend pas trop mal... et un peu la " série noire "... et la " blème "... En vérité, on ne vend plus rien...

    C'est grave ! le Cinéma, la télévision, les articles de ménage, le scooter, l'auto à 2,4,6 chevaux, font un tort énorme au livre... tout " vente à tempérament ", vous pensez ! et " les week-ends " !... et ces bonnes vacances bi ! trimestrielles !... et les Croisières Lololulu !... salut, petits budgets !... voyez dettes !... plus un fifrelin disponible !... alors n'est-ce pas, acheter un livre !... " (EY).

 

 

 

 * " Brottin lui c'est l'insensible !... que j'aie pas été fusillé et que je vienne me plaindre ! ah ! le culot !... les bras lui tombent... si je pouvais lui dire ce que je pense  !... que ce qui m'intéresse c'est qu'ils se battent, s'écorchent, au finish !... qu'ils se dépiautent les carotides !... si je me retiens pas d'y dire tout... c'est pour les chiens, les oiseaux... que je le ménage ! pour nous aussi !... on parle toujours trop... la nouille !... nouille, d'abord ! et le carbi et le gaz !... je l'aurais traité comme je pensais je l'aurais plus revu ! " (CA, folio, Gallimard, p.52).

 

 

 

 * " Ça peut se lire en métro - c'est notre but au fond à tous aux temps d'aujourd'hui, d'être lisible dans le métro. Comme les digest. Si on vise la Banlieue, les trains, on peut taper déjà dans la grande littérature exiger de l'attention. Mais c'est bien prétentieux de notre part écrivains français. Les Banlieusards veulent de l'américain ne bandent qu'à l'américain. C'est-à-dire de l'Eugène Sue-Sioux ! dénaturé, dénaturalisé, maupassantisé, zolatisé... Mais du moment que ça leur vient du Carthage Atomique ! Ils avalent toutes les merdes pourvu qu'on les présente en chewing-gums ! Et quand je pense que n'importe quelles " 3 pages " de Tallemant sont infiniment plus valables et marrantes ! Mais les dénaturés ! ils savent plus comment faire marcher leur tête... comme les pieds-bots les chaussures normales ils pensent qu'on se fout d'eux - Ton vieux. / LFC. " (A Albert Paraz, 30 nov.1949, Lettres Pléiade, 2009).

 

 

 * " Breton, je suis mystique, messianique, fanatique tout naturellement - sans effort, absurde. J'ai été élevé tout naturellement en catholique =  baptême , première communion, mariage à l'église etc. (comme 38 millions de Français !) La foi ? hum ! c'est autre chose. Comme Renan hélas, comme Chateaubriand, en désespoir... Pire, je suis médecin - Et puis païen par mon adoration absolue pour la beauté physique, pour la santé. Je hais la maladie, la pénitence, le morbide - Grec à cet égard totalement - J'adule l'enfance saine. Je m'en pâme - Je tomberais facilement éperdument amoureux, je dis amoureux - d'une petite fille de 4 ans en pleine grâce et beauté blonde et santé. Je hais la boisson, la fumée, les toxiques. Je comprends je crois l'enthousiasme des Grecs. " (A Milton Hindus, 23 août 1947, Lettres Pléiade, 2009).  

 

 

 * " Tout est là. Dès la parution du Voyage je devins l'objet de toutes les sollicitations et amabilités des divers partis politiques, qui m'offraient évidemment dans leurs rangs les places les plus flatteuses et les plus éminentes. Le parti communiste à cet égard se montra particulièrement pressant. Mon style dynamique, ma truculence, ma force pour tout dire, me désignaient au remplacement d'Henri Barbusse déjà très malade à l'époque. Le Voyage au bout de la nuit dès sa parution fut traduit aux soviets à plusieurs cent mille exemplaires (alors qu'il était interdit par Hitler).

    Ces faits ne sont pas oubliés par le Parti communiste en France. Le P. communiste possède une mémoire remarquable ; il n'est pas tendre pour les écrivains qui ont décliné d'avance et féroce pour ceux qui ont publiquement dénigré son système. C'est mon cas avec Mea culpa. Or le P. communiste forme l'aile marchante, active du Gouvernement français actuel. On ne lui refuse rien. Je n'ai pas besoin d'en dire davantage. " (A Thorvald Mikkelsen, 5 mars 1946, Lettres Pléiade, 2009).   

 

 

 * " Les articles sont excellents ils donnent envie d'y aller voir. C'est tout ce qu'il faut demander aux critiques - Ils ne disent jamais que des sottises. Ils esquivent l'effort par le cancan et le menu chantage - Journalistes avant tout - ce sont des papoteurs - Vous vous habituez vite à ne jamais rien lire que sous cet angle. Mais ce qu'ils écrivent là est encore beaucoup trop favorable. Je voudrais bien que qu'autre (sic) se décide à me couvrir de crachats - cette modération relative est banale. C'est un ton qui s'oublie trop vite, la foule est sadique et lâche et envieuse et destructrice. Il faut lui donner des sensations de sac et de pillage et d'écrabouillage - autrement elle ne marche pas. " (Lettre à Marie Canavaggia, Londres 20 mai 1936, Lettres Pléiade 2009).

 

 

* " Corniauds vous avez tout gaffé ! vous avez pas traqué le vrai monstre ! le Céline, bouzeux il s'en fout ! Même que vous seriez plus hanteurs tracassiers, assoiffés, mille fois, que toute l'espèce d'Afrique, d'Asie, chacals, Amérique réunis, condors et dragons, il s'en gode ! C'est le Docteur Destouches qu'est sensible ! Vous y auriez effleuré le Diplôme, c'était du finish et la mort ! " (F1).

 

 

* " C'est l'âge aussi qui vient peut-être, le traître, et nous menace du pire. On n'a plus beaucoup de musique en soi pour faire danser la vie, voilà. Toute la jeunesse est allée mourir déjà au bout du monde dans le silence de vérité. Et où aller dehors, je vous le demande, dès qu'on n'a plus en soi la somme suffisante de délire ? La vérité c'est une agonie qui n'en finit pas. La vérité de ce monde c'est la mort. Il faut choisir, mourir ou mentir. Je n'ai jamais pu me tuer moi. " (VO).

 

 

* " Dieu si la France, je note, la plus lumineuse, la plus humaine, la plus généreuse des patries, gode pour les Droits de l'homme, si elle reçoit tant qu'elle peut tous les persécutés du monde, couleurs, sectes, races, dans ses jardins, dans ses basses-cours, ses facultés  et son lit !..." Vous avez bien un petit Valaque qui a été giflé et qui souffre ? Envoyez, envoyez !... Un sorcier paoin qui a pas digéré le missionnaire, mal cuit, trop barbu... Envoyez, envoyez... " (VM).

 

 

* " Et puis la tourmente apaisée, les grandes espérances ensevelies pour quelques siècles encore, chacune de ces furies partie " sujette " pour la Bastille en revint " citoyenne " et retourna vers ses petitesses, épiant son voisin, abreuvant son cheval, cuvant ses vices et ses vertus dans le sac de peau pâle que le Bon Dieu nous a donné. En 93, on fit les frais d'un Roi. " (SE).

 

 

* " Comment le plus infime crétin, le canard le plus rebutant, la plus désespérante donzelle, peuvent-ils se muer en dieux ?... déesse ?... recueillir plus d'âmes en un jour que Jésus-Christ en deux mille ans ?... Publicité ! " (BM).

 

 

* " C'est alors qu'on se déboutonne éperdument et que la saloperie triomphe et nous recouvre entiers. C'est l'aveu biologique. Dès que le travail et le froid ne nous astreignent plus, relâchant un moment leur étau, on peut apercevoir des blancs, ce qu'on découvre du gai rivage, une fois que la mer s'en retire : la vérité, mares lourdement puantes, les crabes, la charogne et l'étron. " (VO).

 

 

* " Je suis de ces auteurs qu'ont du souffle, du répondant, du biscoto. J'emmerde le genre humain à cause de mon répondant terrible, de ma paire de burnes fantastiques (et bordel de dieu je le prouve !). Je jute, je conclus, je triomphe, je trempe la page de plein génie... De vous à moi, entre copains, c'est ce qu'on me pardonne pas du tout, à la ronde, ce qu'on me pardonnera jamais, jamais, la façon que je termine, que j'achève les entreprises, que je vais au pied comme une reine, à tous les coups. " (EC).

 

 

* " Je m'arrange Karen. Je triche un peu - mais quand je sens le vrai danger, je brise net - durement, brutalement. Poésie d'abord Karen et poésie c'est continuité d'une histoire qui va si possible de l'enfance à la mort. Pour ma part je n'ai jamais coupé le fil, jamais. Je ne suis pas moderne, je ne suis pas raté. J'ai gardé dieu merci, le sens des valeurs profondes. " (CC5).

 

 

* " Rien n'est gratuit en ce bas monde. Tout s'expie, le bien, comme le mal, se paie tôt ou tard. Le bien c'est plus cher, forcément. " (SE).

 

 

* " La supériorité pratique des grandes religions chrétiennes c'est qu'elles doraient pas la pilule. Elles essayaient pas d'étourdir, elles cherchaient pas l'électeur, elles saisissaient l'homme au berceau et lui cassaient le morceau d'autor. Elles le rencardaient sans ambages : " Toi petit putricule informe, tu seras jamais qu'une ordure... De naissance tu n'es que merde... Cependant, peut-être... que t'as encore une petite chance de te faire pardonner d'être tellement immonde, excrémentiel, incroyable... C'est de faire bonne mine à toutes les peines, épreuves, misères et tortures de ta brève ou longue existence. " (MEA).

 

 

* " Le moindre obstrué trou du cul se voit Jupiter dans la glace. Voilà le grand miracle moderne. " (MEA).

 

 

* " Je viens d'avoir 67 ans, ma peau de chagrin bien racornie, je devrais être claboté depuis belle, j'ai tout fait pour... applaudissez !... je me dirais : j'emmerde bien du monde, ça serait une bonne raison de rester, mais même pas !... de temps en temps un coup de téléphone, quelques curieux... C'est pas vous des fois, autrefois, qu'avez écrit ceci... cela... sous le nom de Céline ? Je réponds rien, je raccroche... " (RI).

 

 

* " Arthur, l'amour c'est l'infini mis à la portée des caniches et j'ai ma dignité moi ! " (VO).

 

 

* " Nous sommes environnés de pays entiers d'abrutis anaphylactiques le moindre choc les précipite dans les convulsions meurtrières à n'en plus finir. Nous voici parvenus au bout de vingt siècles de haute civilisation et, cependant, aucun régime ne résisterait à deux mois de vérité. Je veux dire la société marxiste aussi bien que nos sociétés bourgeoises et fascistes. " (HAZ).

 

* " Depuis 7 ans que le Poteau m'attend... Poteau-sur-Seine - pour moi la Ville... la France... Et je suis né à Courbevoie tu le sais ! 1894... au mois de mai  ma jolie... et grelotter à 47 ans ! en Baltique. Même que Lucette plus vicieuse que moi y prend encore 2 bains par jour - à travers la glace, trésor ! Le tempérament des femmes m'a toujours étonné - Quel brasier là-dedans ! J'ai tout tu sais, le Cirque - la Danseuse - la chienne - 12 chats... la Ménagerie ! même un hérisson ! - et 30 ou 40 mésanges. " (LMB). 

 

 

* " L'art n'est que Race et Patrie ! Voici le roc où construire ! Roc et nuages en vérité, paysage d'âme. " (BD)

 

 

* " Ces perpétuelles grimaces qu'il faut faire pour se justifier de crimes dont on est absolument innocent. Se sentir méprisé par des gens dont on a voulu précisément sauver l'existence ! Alors que l'on a tout perdu par eux pour leur bien. Il faut encore faire l'imbécile la comédie pour être toléré, vaguement autorisé à pourrir en prison. Tout cela est vraiment trop inique, trop imbécile, trop grotesque. Il est vrai je lis dans Plutarque qu'il en a c'est exact toujours été ainsi - infailliblement. S'occuper des hommes ! Quelle monstrueuse sottise ! " (LDP).  

 

 

                         LES  JUIFS . 

 

 * Céline remarquait peu de temps avant sa mort : " Ils me donnent l'impression des petits chats - qui secouent, lancent en l'air des bouts de viande morte pour les rendre vivants, ainsi font-ils des soi - disants antisémites ! pauvre clique de héros mille fois trépassés, il leur faut des antisémites ! ils en tirent profits, places, journaux. " (Nicole Debrie, BC n°90, fév. 1990).

 

 

 * " Jacques D'ARRIBEHAUDE -  

  - Et l'antisémitisme s'est greffé chez vous sur cette prise de conscience ? 

  - LFC : Ah, ben, là, j'ai vu un autre exploitant. A la Société des Nations, là, j'ai bien vu que c'est par là que ça se goupillait. Et plus tard, à Clichy, dans la politique, j'ai vu... tiens il y a une espèce de morpion, là... j'ai vu tout ce qu'il fallait... Oui, oui, oui... " (interview)

 

 

    

* " J'ai rien de spécial contre les Juifs en tant que juifs, je veux dire simplement truands comme tout le monde, bipèdes à la quête de leur soupe... Ils me gênent pas du tout. Un Juif ça vaut peut-être un Breton, sur le tas, à égalité, un Auvergnat, un franc-canaque, un " enfant de Marie "... C'est possible... Mais c'est contre le racisme juif que je me révolte, que je suis méchant, que je bouille, ça jusqu'au tréfonds de mon benouze !... Je vocifère ! Je tonitrue ! Ils hurlent bien eux aux racistes ! Ils arrêtent jamais ! " (BM).

 

 

* " Pas de fainéants dans la famille. A 71 ans, j'emmerderai encore les Juifs, et les maçons, et les éditeurs, et Hitler par dessus le marché, s'il me provoque. Qu'on se le dise. " ( EC).

 

* " J'en voulais aux Juifs de nous lancer dans une guerre perdue d'avance. Je n'ai jamais désiré la mort du Juif ou des Juifs. Je voulais simplement qu'ils freinent leur hystérie et ne nous poussent pas à l'abattoir. L'hystérie est le vice du Juif, mais au moins il est une idée une passion messianique, leur excuse. L'aryen est une tirelire et une panse - et une légion d'Honneur. " ( CC6).

 

* " On joue avec grande canaillerie sur le sens de mes pamphlets. On s'acharne à me vouloir considérer comme un massacreur de juifs. Je suis un préservateur patriote acharné de français et d'aryens - et en même temps d'ailleurs de juifs ! Je n'ai pas voulu Auchwitz, Buchenwald. Foutre ! Baste ! Je savais bien que déclarant la guerre on irait automatiquement à ces effroyables " Petioteries " ! ... " (NRF).

 

* " Popol : " ... les Juifs, c'est mariole, mon pote, tu seras détruit calamiteux ver de vase Ferdinand ! ... avant que t'ayes dit ouf ! ... Ils te feront repasser... pas eux-mêmes ! ... mais par tes propres frères de race... Je te le prédis ! ... " (BM).

 

 

* " C'est pas du tout une question de race. C'est une question de classe. Tout le monde sait ça... Le Juif est l'ami de l'ouvrier, démocrate, ami du progrès, partisan de l'instruction publique, du suffrage des femmes. C'est ça qui compte ! C'est autre chose que du cagoulard. Un ami de la liberté ! C'est un persécuté le Juif, un homme qui souffre pour sa religion ! Une victime des dictatures ! " (BD).

 

 

* " Vous allez recevoir un de ces prochains jours, la copie du procès officiel de mon interrogatoire. Le document vaut la peine. Quelle farce ! A croire que le Parquet est aux mains d'ivrognes délirants - Il faut dire que mon Procureur s'appelle Zouman ! Tout un programme, un pogrom ! " (LMC).

 

 

* " Je n'ai qu'en foutre - la seule bonne nouvelle serait que je sorte. Mais je suis encore là je le sens pour des années. Les Juifs font sauter les Anglais en Palestine ils ont bien raison. Vive les Juifs ! Personne ne peut les remplacer. Plus je vais plus je les respecte et les aime. Il y a 500 millions d'aryens en Europe s'en est-il levé un seul pour demander qu'on me libère ! Vive les Juifs la prochaine fois que je voudrai me sacrifier je le ferai pour les Juifs. Je ne donnerai plus de perles aux cochons. " (LDP).

 

 

* " J'entends comme ça à la radio le mal qu'ils se donnent à Tel-Aviv pour accueillir leurs braves frères juifs qui leur arrivent de partout, de Patagonie en Alaska, de Montreuil à Capetown, tous si persécutés, pantelants, héros du travail, du défrichage, du marteau, de la banque et faucille... le mal qu'ils se donnent à Tel-Aviv pour recevoir leurs frères dispersés ! Comités affectueux d'accueil, larmes à gogo, gerbes d'azalées, dons en nature, espèces, orphéons, baisers (...) Je dis que ce pays d'Israël est bien une vraie patrie d'accueil et que la mienne est toute charognerie... parole d'engagé volontaire, mutilé 75 % médaille militaire et tout... " (RI).

 

 

                           LA  BANLIEUE .

 

* " Pauvre banlieue parisienne, paillassons devant la ville où chacun s'essuie les pieds, crache un bon coup, passe, qui songe à elle ? Personne. Abrutie d'usines, gavée d' épandages, dépecée, en loques, ce n'est plus qu'une terre sans âme, un camp de travail, maudit, où le sourire est inutile, la peine perdue, terne la souffrance, Paris " le cœur de la France ", quelle chanson ! quelle publicité ! La banlieue tout autour qui crève. " (BE).

 

 

* " La seule banlieue possible d'une ville de quatre millions d'habitants c'est la mer. La mer seule assez puissante, assez généreuse pour assainir quotidiennement ce terrible infernal ramassis, cet effrayant conglomérat de pourritures organiques, inhalantes, expirantes, chiatiques, fermenteuses, fébricilantes, virulogènes. " (BM).

 

 

* " La ville la plus malsaine du monde, la plus emboîtée, la plus encastrée, infestée, confinée, irrémédiable c'est Paris ! dans son carcan de collines. Un cul-de-sac pris dans un égout, tout mijotant de charognes, de millions de latrines, de torrents de mazout et pétrole bien brûlants, une gageure de pourriture, une catastrophe physiologique, préconçue, entretenue, enthousiaste. " (BM). 

 

 

 * La lumière du ciel, à Rancy, c'est la même qu'à Détroit, du jus de fumée qui trempe la plaine depuis Levallois. Un rebut de bâtisses tenues par des gadoues noires au sol. Les cheminées, des petites et des hautes, ça fait pareil de loin qu'au bord de la mer les gros piquets dans la vase. Là-dedans c'est nous. Faut avoir le courage des crabes aussi... " (VO).

 

 

                          L' AMÉRIQUE .

 

 

* " Figurez-vous qu'elle était debout leur ville, absolument droite. New-York c'est une ville debout. On en avait déjà vu des villes bien sûr, et des belles encore, et des ports et des fameux même. Mais chez nous, n'est-ce-pas, elles sont couchées les villes, au bord de la mer ou sur les fleuves, elles s'allongent sur le paysage, elles attendent le voyageur, tandis que celle-là l'Américaine, elle ne se pâmait pas, non, elle se tenait bien raide, là, pas baisante du tout, raide à faire peur. " (VO).

 

 

* " Je ne connais rien de plus déchirant de plus sinistre que l'Amérique ce pays absolument dépourvu de vie profonde dès qu'on cesse de s'y exciter et qu'on commence à y réfléchir. Une impuissance spirituelle inouïe. Un lyrisme de Galeries Lafayette - des enthousiasmes d'ascenseur. Une nation de garagistes ivres, hurleurs et bientôt complètement juifs. " (CC5).

 

 

* " J'avais déjà vu bien des gens de la rue y disparaître et puis en ressortir. C'était dans ce souterrain qu'ils allaient faire leurs besoins. Une espèce de piscine, mais alors vidée de toute son eau, une piscine infecte, remplie seulement d'un jour filtré, mourant, qui venait finir là sur les hommes déboutonnés au milieu de leurs odeurs et bien cramoisis à pousser leurs sales affaires devant tout le monde, avec des bruits barbares. " (VO)

 

 

* " ... C'était écrit sur une ardoise qu'on demandait du monde. J'étais pas le seul à attendre. Dans cette foule presque personne ne parlait l'anglais. Ils s'épiaient entre eux comme des bêtes sans confiance, souvent battues. De leur masse montait l'odeur d'entre-jambes urineux comme à l'hôpital. Quand ils vous parlaient on évitait leur bouche à cause que le dedans des pauvres sent déjà la mort. " (VO).

 

 

* " Il pleuvait sur notre petite foule. Les files se tenaient comprimées sous les gouttières. C'est très compressible les gens qui cherchent du boulot. Ce qu'il trouvait de bien chez Ford, que m'a expliqué le vieux Russe aux confidences, c'est qu'on y embauchait n'importe qui et n'importe quoi. " (VO).

 
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