LA DANSE

 

                   LA  DANSE .   

 

 * " C'est vrai que je regardais la danse, j'ai toujours aimé les danseuses... et alors ?... leurs formes hors de chair, leurs mirages, pas des êtres là de juste viande ! ... pas qui restent qui partent ! ... et alors ! ... tort à personne ! tout bien tout honneur ! ... Je suis pas povoïte ? ouizoucrotte, pas artiste, entendu, comme Jules ! modeleur, tcétéra ! ... mettons que je pelote pas... povoïte, mais alors comme médecin un peu ! ... ça pelote un médecin ! ça pelote ! j'en profitais pas ! " (F1)

  

 

* " Danser ?... Mais nous allons t'apprendre ! Nous ! ... Veux-tu que nous te montrions ?... Veux-tu apprendre les grands secrets de la Danse ? " Le petit roi des esprits appelle, invoque, commande les esprits de la Danse... D'abord la " Feuille au Vent " ... le " Tourbillon des Feuilles " ... " l'Automne " ... le " Feu follet " ... " Zéphyr " lui-même... les " Buées ondoyantes " ... la " Brise matinale " ... la " Lumière des sous-bois " ... etc... Evelyne danse de mieux en mieux ! ... Ah ! elle peut retourner vers la vie ! ... Elle n'a plus à craindre de rivale... " (BM).

 

 

* " J'ai été à l'Américan School of Ballet chez Balanchine. Là il y a de la jolie femme ! Ah ! Ah ! Quelles merveilles ! Quelle souplesse ! Quel miracle ! Juste à la limite extrême de l'esprit ! Le raffinement du corps presque à l'absolu ! Oui spécialement miraculeuses Daphne Vane et Kathryn Mallowry - danseuses assez insensibles je pense mais êtres de  féerie. " (CC5).

 

 

* " La sorcière veut l'empêcher... Rien à faire ! ... Virginie vide tout le flacon... Le délire la saisit alors... monte en elle... elle arrache ses vêtements et elle danse avec plus de flamme encore, plus de fougue, plus de provocations, de lubricité, que tout à l'heure Mirella... C'est une furie... une furie dansante... Jamais encore Paul ne l'avait vue ainsi... Et cela lui plaît... le subjugue... Il quitte Mirella et se rapproche de Virginie... Il va danser avec elle... " (BM).

 

 

* " Au ciel éparses à bouquets... fleurettes partout luisantes, pimpantes scintillent ! Volée d'étoiles ! ... tout alentour tintent clochettes ! ... c'est le ballet ! ... et tout s'enlace et tout dépasse, pirouette, farandole à ravir ! ... ritournelles argentines... musique de fées ! ... " (BD).

 

 

* " Je vous vois bien ténia, certes, mais pas cobra, pas cobra du tout... nul à la flûte ! Macbeth n'est que du Grand Guignol, et des mauvais jours, sans musique, sans rêve... Vous êtes méchant, sale, ingrat haineux, bourrique, ce n'est pas tout J.B.S. ! Cela ne suffit pas... Il faut danser encore ! ... Je veux bien me tromper bien sûr... J'irai vous applaudir lorsque vous serez enfin devenu un vrai monstre, que vous aurez payé, aux sorcières, ce qu'il faut, leur prix, pour qu'elles vous transmutent, éclosent, en vrai phénomène. En ténia qui joue de la flûte. " (AAB).

 

 * " Dans une jambe de danseuse le monde, ses ondes, tous ses rythmes, ses folies, ses vœux, sont inscrits ! ... Jamais écrits ! ... Le plus nuancé poème du monde ! ... émouvant ! (...) Le poème inouï, chaud et fragile comme une jambe de danseuse en mouvant équilibre est en ligne, (...) aux écoutes du plus grand secret, c'est Dieu ! C'est Dieu lui-même ! Tout simplement ! (...) La vie les saisit, pures... les emporte... au moindre élan, je veux aller me perdre avec elles... toute la vie... frémissante, onduleuse... " (BM).

 

 

                    LE  RIRE .

 

 * " Achetez-le, vous ! et hurlez !... mais regardez un peu les autours si c'est pas trop haineux, jaloux... à tous risques : " Il va crever ! " vous ajoutez... " Il est agonique mais marrant ! C'est le marrant du Siècle !... pas du demi !... faible le " demi-siècle "!... c'est comme " demi-dieu "... c'est rien !... parlez pas de génie !... c'est plein les rues les génies !... ça me ferait du tort !... " Achetez-le ! " c'est tout... bref ! net ! ma gratitude vous est acquise... le trèpe se rue sur les " Librairies "... emporte les grossistes d'assaut ! Je reboume !... ma fesse cicatrise et mon coude !... Féerie !... Féerie !... mon névrome ?... j'admets... le hic !... mais Tailhefer m'opère... je reprends un " état général "... je revois clair on me sort de ma fosse, on m'adule... je m'achète un vélo, un cottage, une bonne pour ouvrir la porte... je pars plus en Sibérie du tout !... je me rétablis praticien sur la Côte d'Emeraude ! et vous me pouvez tout d'un seul mot : " Il désopile " ! tant pis pour Montandon, sa balle, son cancer, Clamart-les-Asies, foultra ! Toundras ! Fulda ! flûte ! Zazov ! qu'il y reste ! (F1)

 

 

 * " Achille Brottin me l'a dit l'autre soir : " Faites rire ! vous saviez, vous savez plus ?... " il était surpris ! tout le monde a ses petits ennuis ! vous n'êtes pas le seul ! ... j'ai les miens, allez ! ... si vous aviez perdu comme moi cent treize millions sur la de Beers ! si vous aviez " avancé " deux cents millions à vos auteurs ! vous auriez un peu d'autres soucis ! tout le monde a les siens ! cent treize millions sur la de Beers ! ... quarante-sept millions sur le Suez ! et écoutez ! ... en deux séances ! et quatorze millions sur les " Croix " ! ... qu'il a fallu que je porte moi-même ! à mon âge ! à Genève ! les " croix " à l'acheteur ! ... heureusement que mon fils m'aidait ! ... quatorze millions en " 20 francs suisses ! ... " vous vous rendez compte ? " (CA, folio, p.21).

 

 

 * " Ah si j'avais joué communiste - au lieu d'aller me faire martyriser à défendre très gratuitement ces charognes d'archi canailles bourgeoises - si l'on viendrait m'en offrir, et à l'œil, des châteaux sur l'Oder ! (Le Saint-Esprit et les Cosaques !) Bloy - Bolorée Hertz Boyer viendraient me chercher en train spécial ! Le Préfet me porterait mes bagages ! Ils me prieraient d'honorer leurs filles ! " (A Augustin Tuset, fin août 1951, Lettres Pléiade 2009).

 

 

 * Vive les Juifs ! vive les nègres ! vive les Papous ! et vive la Lune ! moi je suis sur les gradins - Que les autres se déchirent étripent dilacèrent, entrebouffent ! Je regarde j'applaudirai les plus vaillants ! Je compterai les tonnes de viandes à saler ! Sans compter qu'au fond tu vois que tout est simple. La Bourgeoisie a fait un Pacte avec le diable américain pour avoir les Dollars. Le Populo a fait un pacte avec le diable russe pour avoir les Soviets - à présent les deux diables présentent leurs notes - et les bombes ! " (A Jean-Gabriel Daragnès, 23 sept.1949, Lettres Pléiade, 2009).

 

 

 * " Tosi m'écrit à l'instant une lettre cafouilleuse, amphigourique - C'est d'avoine dont j'ai besoin point de littérature. J'en vends ! Votre bien amical et reconnaissant. LF Céline. " (A Albert Naud, 21 déc.1947, Lettres Pléiade,2009). 

 

 

 * " Mon monde à moi est défunt  - parmi les défunts - Je ne vois dans le réel qu'une effroyable, cosmique, fastidieuse méchanceté - une pullulation de dingues rabâcheurs de haine, de menaces, de slogans énormément ennuyeux. C'est ça une décadence  ? Qu'ils ont dû s'embêter à Byzance ! on comprend qu'ils s'y soient tant enculés les pauvres Bougres ! " (A Albert Paraz, 23-1-48, Lettres Pléiade, 2009).   

 

 

 * J'ai connu aussi Laval à Sigmaringen. Je ne l'aimais pas. Il ne m'aimait pas, de longue date. Et puis à son contact (je l'ai soigné), je me suis pris de sympathie pour lui. Il avait deux vertus, admirables à mes yeux. Il était ennemi absolu de toute violence - ghandiste à cet égard - et très patriote, fanatique sur ce point, comme moi - En rigolant ensemble je lui demandais toujours (s'il revenait au pouvoir (??!!!) de me faire nommer gouverneur de St Pierre et Miquelon - ma seule ambition terrestre. Il me promettait toujours d'étudier la chose... " (A Albert Naud, 9 sept.1947, Lettres Pléiade, 2009).

 

 

 * " Les érections " pures " sont-elles seules prolifiques ? Alors, il faudrait vivement faire saillir les curés et les ministres si peu portés sur la famille et si prédicants en tous lieux. La France bande peu en vérité, elle est chiche et prudente de sperme comme du reste, mais elle boit sec effroyablement. Péguchet va-t-il s'attaquer aux débits, nos rois innombrables ? Point si brave, le cafard ! Sus à l'écrivain ! Que risque-t-il ? Rien ! Que les ovations des multitudes toujours destructrices, parfaitement hypocrites et mufles. Et la Grand-Croix ! " (Lettre au " Merle ", 14 juillet 1939, Lettres Pléiade 2009).

   

 * " Je donnerais volontiers aux flammes toutes les cathédrales du monde si cela pouvait apaiser la Bête et faire signer la paix demain. Deux mille années de prières inutiles, je trouve que c'est beaucoup. Un peu d'action ! Demain l'on fera sans doute une architecture en trous ! pas de flèches ! Les leçons de la guerre auront porté. Par terreur des bombes, nos descendants vivront sans doute dans le Tous à l'égout. Ainsi soit-il ! " (Au journal " La Gerbe ", 22 juin 1944, Lettres Pléiade, 2009).   

 

 

* " Des aveugles ! Et le petit, tu le vois bien aussi ? Le chétif ! L'infirme !... Cet avorton de radis ?... C'est pourtant bien simple un radis ?... Non, c'est pas simple ?... Tiens, tu me désarmes !... Et un radis très gros, Ferdinand ?... Suppose un énorme radis !... Tiens, gros comme ta tête !... Suppose que je le gonfle ainsi, à coups de bouffées telluriques, moi ! ce tout petit ridicule !... Alors ?... Hein ?... Comme un vrai ballon !... Ah ? et que j'en fasse comme ça cent mille !... des radis ! " (MC).

 

* " Il rengueulait Kerdoncuf, ça servait pas à grand chose. Il se connaissait plus de colère. Il a eu beau enlever son casque pour que la flotte lui trempe la tête, il bouillait de rage... il en rejetait des vapeurs avec des tonnerres de jurons. Le mot venait pas quand même, y avait rien à faire. " (CP).

 

 

* " Claben avec les clients je l'ai dit il parlait pas beaucoup... mais il gafait longuement l'article, il l'examinait en détail... il louchait sur le fin " contrôle "... il se rapprochait d'encore plus près avec sa grosse loupe... ça y appuyait sur les bajoues, la panne lui remontait aux oreilles, tellement qu'il pressait sur sa loupe... si passionnément... Il en oubliait son asthme... Il reprenait encore une autre loupe... une encore plus grosse... une énorme... " (GB1).

 

 

* " C'est toujours la croix, la bannière, pour avoir quelqu'un chez Gaston... ils partent en cure où ils en reviennent... si ils en reviennent ils ont tellement des lettres en retard qu'ils sont des mois à répondre... dicter, redicter... une fois mis les lettres sous enveloppes, collé les timbres, ils sont à bout, sur le flanc... ils repartent en cure... " (EY).

 

 

* " A chaque plongée l'âme s'échappe... on la reprend à la montée dans un reflux de glaires et d'odeurs... Un passager implore pardon... Il hurle au ciel qu'il est vide... il voudrait vomir ses deux yeux... Il essaye qu'ils lui sortent des trous... maman elle, va s'écrouler sur la rampe... Elle se revomit complètement... Il lui est remonté une carotte... un morceau de gras... et la queue entière d'un rouget... " (MC).

 

 

* " Textuel. Holà ! Voici donc ce qu'écrivait ce petit bousier pendant que j'étais en prison en plein péril qu'on me pende. Satané petite saloperie gavée de merde, tu me sors de l'entre-fesse pour me salir au dehors ! Anus Caïn pfoui ! Que cherches-tu ? Qu'on m'assassine ! C'est l'évidence ! Ici ! Que je t'écrabouille ! Oui !... Je le vois en photo... ces gros yeux... ce crochet... cette petite ventouse baveuse... c'est un cestode ! " (AAB).

 

 

* " Mon cher Roger on peut peut-être STOP vous demander STOP si des fois Hachette STOP vous a rien fait savoir pour mon épicier-libraire STOP et sa demande de dépôt de quotidiens. STOP à la bonne vôtre STOP et je vous la serre... STOP. Louis. " (NRF).

 

 

* " Madame : Dites donc Lulu les capotes ont encore augmenté. Je vois ça là. - Lulu : Oui, le pharmacien a dit que c'était à cause du change. Forcément c'est anglais. - Madame : Ah ! Zut on touche plus à rien qu'est pas anglais ou américain, le charbon, le gaz, la soie, les capotes, les musiques, y a plus que mon... oui... qu'est français ! - Lulu : Ah ! c'est encore à voir, il doit bien parler l'anglais aussi depuis qu'il en reçoit ! " (PRO).

 


                    L' AMOUR .

 

 * " Est-ce que dans vos romans l'amour tient une grande place ?
 
- Aucune. Il ne doit pas en tenir. Il faut avoir de la pudeur quand on est romancier : article 2 ! (Interview avec André Parinaud, Arts, 1960).

 

 

 * (...) terrible le dada des beautés ! plus les villes brûlent, plus on massacre, pend, écartèle plus elles sont folles d'intimités... l'article n°1 du monde : foutre !... moi qui n'oublie pas grand-chose (nulle flatterie), je me souviens très bien qu'en octobre 14, le régiment pied à terre, sur la rive droite de la Lys, attendant l'aube sous le feu continu des batteries d'en face, plein de demoiselles et de dames, bourgeoises, ouvrières, profitaient du noir pour venir nous tâter, relevaient leurs jupes, pas une parole dite, pas un mot de perdu, pas un visage vu, d'un cavalier pied à terre l'autre...

... les bonnes mœurs mettent dix mois, dix ans, à faire traîner les fiançailles, d'un sport d'hiver l'autre, vernissage l'autre, surprises-parties, ruptures d'autos, petits grands gueuletons, alcools formids, rots, bans, Mairie, mais s'il le faut, les circonstances font copuler des régiments méli-mélo de folles amoureuses, sous des voûtes d'obus, mille dames à la fois !... à la minute !... pas d'histoires !... trous dans la nature ?... morts partout ?... djigui ! djigui ! amours comme des mouches ! " (NO, folio, p.284).

 

 

 

 * " Je l'avais bien senti, bien des fois, l'amour en réserve. Y'en a énormément. On peut pas dire le contraire. Seulement c'est malheureux qu'ils demeurent si vaches avec tant d'amour en réserve, les gens. Ça ne sort pas, voilà tout. C'est pris en dedans, ça reste en dedans, ça leur sert à rien. Ils en crèvent en dedans, d'amour. " (VO).

 

 

 

* " Je t'aième !... c'est un abominable mot, que pour ma part je n'ai jamais employé, car on ne l'exprime pas, ça se sent et puis c'est tout. Un peu de pudeur n'est pas mauvais. Ces choses existent, mais se disent peut-être une fois par siècle, par an... pas à longueur de journée, comme dans les chansons... " (MH).

 

 

* " T'as du cœur, dis, Léon, t'en as un peu tout de même du cœur ? Pourquoi alors que tu le méprises mon amour ? On avait fait un beau rêve tous les deux ensemble... Comme tu es cruel avec moi quand même ! ... Tu l'as méprisé mon rêve, Léon ! Tu l'as sali ! ... Tu peux dire que tu l'as détruit, mon idéal ! ... Tu veux donc que j'y croie plus à l'amour, dis ? "

  A ce propos, Léon ne répond pas grand' chose. On peut même dire qu'il ne répond rien. Il a bien tort. On ne se méfie jamais assez de personnes nourries jusqu'aux sourcils de goualantes réalistes. Madelon le lui fera savoir par l'intermédiaire de trois balles dans la peau. " (KH).

 

 

 * " Santé, vivacité, surprise, danse, et toutes les combinaisons possibles. En bref je suis cochon ! Et je consomme peu hélas, concentré comme je suis sur mon terrible boulot si sérieux - malgré moi, scrupuleux, féroce à ma tâche. J'ai toujours aimé que les femmes soient belles et lesbiennes. Bien agréables à regarder et ne me fatiguant point de leurs appels sexuels ! Qu'elles se régalent, se broutent se dévorent, moi voyeur. Cela me chaut ! et parfaitement ! et depuis toujours ! Voyeur certes et enthousiaste consommateur un petit peu mais bien discret !...

   J'ai toujours eu le mépris parfait des maquereaux pour les clients avec leurs queues toujours à la main et le madrigal aux lèvres, l'idiote espèce ! porcs sentimentaux - En parler est une bonne raison de rigoler et de bander. " Parler d'amour c'est faire l'amour prétendait Balzac ". D'où peut-être toute cette littérature prêchi-prêcha du cul anglo-saxonne - (...) Rigolons cher Hindus ! " (HIN)

                                

 

                     L' ÉMOTION .

 

 * " Dans les Ecritures, il est écrit : " Au commencement était le Verbe. " Non ! Au commencement était l'émotion. Le Verbe est venu ensuite pour remplacer l'émotion, comme le trot remplace le galop, alors que la loi naturelle du cheval est le galop ; on lui fait avoir le trot. On a sorti l'homme de la poésie émotive pour le faire entrer dans la dialectique, c'est-à-dire le bafouillage, n'est-ce pas ? " (L.F. Céline vous parle, 1957).

 

 

 * " Mon cher Brasillach, / A vous je vais vous dire - et vous me comprendrez tout de suite. Il me semblait avant le Voyage, observant (par comparaison) le trafic de la rue, si incohérent - ces voitures, ces gens qui se butent, culbutent, se battent pour avancer, tout ce zigzag, cette incohérence des démarches absurdes et si gaspilleuses, si imbéciles, qu'il devrait y avoir tel le métro un chemin plus net, plus intime pour se rendre en un point sans tout ce gaspillage, sans toute cette fastidieuse incohérence - dans la façon aussi de raconter des histoires.

   Je vous énonce ainsi la difficulté simplement : passer dans l'intimité même du langage, à l'intérieur de l'émotion et du langage, à l'aveugle pour ainsi dire comme le métro sans se préoccuper des fastidieux incidents de l'extérieur. Une fois lancé de la sorte, arriver au bout d'émotion en émotion - au plus près toujours, au plus court, au plus juste, par le rythme et une sorte de musique intime une fois choisi, à l'économie, en évitant tout ce qui retombe dans l'objectif - le descriptif - et toujours dans la transposition. Le rythme me donne mes rails - et je n'en sors jamais. Je ne sors jamais de l'émotion non plus... " (A Robert Brasillach, le 28 sept.1943, Lettres Pléiade, 2009).

 

 

 

 * " Parfois, ça me remonte à la gorge. Je ne suis pas si carne qu'on croit. J'ai honte de ne pas être plus riche en cœur et en tout. Un mufle impuissant que je suis. Ca fait une boule la tendresse, pas facile à passer. Je juge peut-être les hommes plus vaches, plus bas, qu'ils ne sont vraiment mais ils sont si méchants. On ne peut pas leur faire confiance, ils vous bouffent tout cru. J'ai été con toute ma vie. J'ai cru ceci, j'ai cru cela. Ah ! oui. Tous tordus qu'ils sont et ils vous crachent à la gueule quand vous vous approchez trop. Viciards avec ça !... Maintenant, je m'en fous... ils ne m'ont pas écouté, ils m'ont vomi, volé, spolié, fait le plus de mal possible... La mort qui est au bout, seule compte... Pour moi, quand elle viendra, je lui dirai que je suis bien content... Salut la compagnie ! Vous crèverez tous, comme moi, dans la barque à Caron...

 J'ai eu, moi aussi, des raisons de vivre. Vous comprenez... je suis lyrique... la petite musique... l'émotion... les fariboles du cœur et puis, ah ! oui... la médecine. La médecine... un objet sur l'humain qu'on peut fignoler toute une vie... Pas la littérature... la vie ! Vous comprenez ? La vie... Ah ! j'ai été bien servi, merci ; ça oui, vraiment, du bon et puis beaucoup de mauvais... Ça aussi me remonte à la gorge... La condition humaine, c'est la souffrance, n'est-ce pas, je n'aime pas la souffrance ni pour moi, ni pour les autres... Vous comprenez ?... " (BRI)

 

 

      

 * " Ah ! que je fais : toi ! on s'embrasse... je t'embrasse. J'aurais voulu que vous l'entendiez ! ça venait du cœur... tout de suite au but ! comme pressée de ce qu'elle voulait me dire... elle était au courant un peu... enfin le principal. - Ah, tu serais resté avec nous !... Elle évoquait Londres fin 17... - Tu vois Louis... tu vois !... Les reproches... et les larmes... mon nom intime : Louis.
 - Janine serait pas morte !
  ( F1).

 

 

 

* " Le moment du départ arriva. Nous allâmes un soir vers la gare un peu avant l'heure où elle rentrait à la maison... Le train est entré en gare. Je n'étais plus très sûr de mon aventure quand j'ai vu la machine. Je l'ai embrassée Molly avec tout ce que j'avais encore de courage dans la carcasse. J'avais de la peine, de la vraie, pour une fois, pour tout le monde, pour moi, pour elle, pour tous les hommes. " (VO).

 

 

 

* " ... Je l'ai vue rire, moi, sur des dentelles, sur les " Malines ", les " Bruges ", des finesses araignées, des petits nœuds, des raccords, ma mère, surfils, qu'elle se crevait les yeux... ça devenait des dessus de lit immenses, de ces Paradis à coquettes, de ces gracieusetés de dessin... de ces filigranes de joliesse... que personne maintenant comprend plus ! c'est en allé avec l'Epoque... c'était trop léger... la Belle !... " (F1).

 

 

 

* " C'est une autre onde beaucoup plus subtile que " braquemard, amur et ton cœur "... mystère féminin... c'est une sorte de musique de fond... oh ! pas captable comme ci !... comme ça !... Mme Bonnard, la seule malade que j'aie perdue avait cette finesse, dentelle d'ondes... comme elle disait bien du Bellay... Charles d'Orléans... Louise Labé... j'ai failli avec elle comprendre certaines ondes... mes romans seraient tout autres... elle est partie... " (CA).

 

 

 

* " C'était pas d'hier nos adieux... Je les avait quittées Leicester Square... abandonnées sa sœur et elle... Je vois encore l'arbre, le banc, les fleurs... les piafs, les myosotis, les géraniums... C'est en plein Londres vous connaissez ?... en détresse là, orphelines d'hommes... Je suis pas artiste mais j'ai la mémoire des fleurs... Je les vois... la pelouse... et le pourtour aussi, le trafic... les monstres autobus écarlates... tout tourne !... et la musique !... c'est des filigranes la vie, ce qu'est écrit net c'est pas grand' chose, c'est la transparence qui compte... la dentelle du Temps comme on dit. " (F1).

 

 

 

* " ... J'ai l'oreille, voilà !... Tous les vagissements me passionnent... pensez, des années à Tarnier !... Brindeau, Lantuéjoul... les premiers cris... le premier cri !... Tout gras et glaires... mon affaire !... les toutes petites tronches, écarlates, bleues, strangulées déjà !... si j'ai aidé des êtres à naître !... Comme ils arrivent !... Vous me remettez dans les souvenirs !... " Poussez, ma petite dame ! Poussez !... " J'ai entendu bien des cris... Je suis un homme d'oreille... mais le duo d'accouchement maman le petit gniasse, voilà un accord à se souvenir... la maman juste fini de crier le môme reprend... " (F1).

 

 

 

* " Evidemment Alcide évoluait dans le sublime à son aise et pour ainsi dire familièrement, il tutoyait les anges, ce garçon, et il n'avait l'air de rien. Il offrait à cette petite fille lointaine assez de tendresse pour refaire un monde entier et cela ne se voyait pas. Il s'endormit d'un coup, à la lueur de la bougie. Il avait l'air bien ordinaire. Ça serait pourtant pas si bête s'il y avait quelque chose pour distinguer les bons des méchants. " (VO).

 

 

* " Et puis Bébert, autre innocent, mon chat... Vous direz un chat c'est une peau ! Pas du tout ! Un chat, c'est l'ensorcellement même, le tact en ondes... c'est tout en " brrrt ", " brrrt " de paroles... " (F1).

 

 

 

* " Tout s'éclaire ! Il comprend ! Ciel ! Une sirène à bord !... Damnation !... Il implore Pryntyl si hardie ! qu'elle ne bouge pas ! ne parle ! ne chante surtout ! Il implore le silence !... Qu'elle se blotisse mieux encore... jusqu'au soir !... elle plongera le soir venu !... rejoindra ses sœurs !... sans scandale !... C'est promis !... Ils s'embrassent... Oh ! si jamais le Kapitaine Krog s'apercevait... découvrait une sirène à bord !... Tout serait perdu !... " (SC).

 

 

 

* "... les Champs-Elysées... mais alors, quatre fois plus larges, inondés d'eau pâle... la Néva... Elle s'étend encore... toujours là-bas... vers le large livide... le ciel... la mer... encore plus loin... l'estuaire tout au bout... à l'infini... la mer qui monte vers nous... vers la ville... Elle tient toute la ville dans sa main la mer !... diaphane, fantastique, tendue... à bout de bras... tout le long des rives... toute la ville, un bras de force... des palais... encore d'autres palais... Rectangles durs... à coupoles... " (BM).

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